Histoire, médias, fiction (XVe -XXIe siècles)
2-4 déc. 2026 Poitiers (France)

Colloque international et interdisciplinaire

Université de Poitiers, du mercredi 2 au vendredi 4 décembre 2026

Organisation : Criham, FoReLLIS, CESCM

Appel à communication

Alors que le web social et la révolution de l’intelligence artificielle bouleversent les repères et les codes du monde médiatique, un changement de paradigme semble s’opérer dans le rapport au réel et à la vérité : nous serions entré·es dans une ère de « post-vérité », où des « vérités alternatives » peuvent être créditées sans passer l’épreuve des faits, où fake news et théories du complot semblent se multiplier. Les représentations du passé sont elles aussi touchées. Les « histoires post-véridiques », dites aussi « alternatives », se multiplient. Il n’est pas idée ici de condamner toutes les représentations alternatives du passé, comme si elles étaient systématiquement erronées ou mensongères. En effet, la mise à l’épreuve et le possible dépassement des savoirs institués comme légitimes sont constitutifs du régime actuel de vérité scientifique, et donc en particulier, du renouvellement historiographique. Mais dans les circonstances actuelles, les valeurs démocratiques qui sous-tendent ces règles du jeu, et le consensus autour de la vérité scientifique sont elles-mêmes entamées, ce qui engendre chez beaucoup de nos contemporain·es et en particulier dans la communauté académique, une impression forte de vivre une époque inédite, tant ces paradigmes réaffirmés au lendemain du second conflit mondial nous semblaient évidents.

Pourtant, post-vérité et révisions de l’histoire ne sont pas seulement des « marqueur[s] de notre temps », ni la prétention de ces discours à dire le vrai, ni non plus les interprétations et les usages conflictuels du passé, qui font l’objet depuis plusieurs décennies d’un intérêt vigilant de la communauté historienne. Considérant l’acuité renouvelée de ces questions, ce colloque propose de mener une réflexion interdisciplinaire, faisant dialoguer les sciences humaines et sociales, les sciences de l’information et de la communication, les études littéraires et artistiques sur les représentations alternatives du passé depuis la Renaissance jusqu’à nos jours. Le but est de mieux comprendre les conditions d’émergence et le devenir de ces représentations, leurs formes, leurs circulations, qui les produit, les défend, les diffuse, qui les limite, qui s’y oppose. Dans la tentative de documenter les effets produits par les révolutions médiatiques et de tracer des perspectives historiques de longue durée, l’attention sera aussi portée sur les circulations inter- et transmédiatiques, sur l’entremêlement des éléments factuels et fictionnels et sur la manière dont la fiction peut devenir une arme dans la bataille des idées.

Par « représentations alternatives », nous désignons les représentations du passé se présentant ou étant perçues comme divergentes par rapport à, voire opposées à, des représentations construites comme dominantes. La question de la vérité ne saurait être éludée : elle sera appréhendée non pas seulement comme l’adéquation entre un énoncé anhistorique et une réalité factuelle objective, mais aussi et surtout comme une construction sociale dans des champs de pouvoir et d’intérêts où la légitimité des assertions est négociée et remise en cause. On pense en particulier au concept de « régime de vérité » qui, dans le sillage de Michel Foucault, désigne l’ensemble des procédures, institutions, discours et pratiques, permettant de distinguer le vrai du faux à une époque donnée pour un groupe social donné. Différents régimes de vérité peuvent coexister ou se succéder dans le temps, sans toutefois être tous crédités de la même légitimité simultanément et dans la durée.

Ouvrir sur la première modernité tient au fait que celle-ci est marquée par des ruptures technologiques, des innovations médiatiques, des bouleversements de l’ordre des croyances et des savoirs, ainsi que par des concurrences entre régimes de vérité qui concourent à transformer les rapports sociaux au passé et leur mise en récits. La construction des États souverains et la formation et la pérennisation de certains groupes sociaux, corps et communautés se saisissent avec une ampleur nouvelle du récit historique pour légitimer les entités politiques auprès d’une opinion publique se nourrissant des nouveaux modes de circulation de l’information. Enfin, les modes de construction des savoirs scientifiques évoluent, avec la création d’institutions qui en deviennent les dépositaires, tandis que la formalisation de la recherche historique et de sa méthodologie soutient l’ambition d’en faire la discipline légitime à exprimer le passé.

De la Renaissance à nos jours, quels sont les passés revisités ? Les périodes antérieures à la Renaissance sont à considérer autant que les espaces infra- et supranationaux : on pense par exemple à la référence au modèle antique, à la place de l’imaginaire « barbare » ou « gothique », aux régionalismes, et aux discours historiques dessinant des communautés infra- ou supranationales. Comment les représentations alternatives du passé sont-elles tributaires des mutations techniques, médiatiques, des formes de l’État, du capitalisme, de l’industrialisation ? Quels effets produisent la complexification des sociétés propres à la modernité, l’autonomisation des champs intellectuels et des professions, les progrès des pensées de la liberté ? Il s’agit de dresser des évolutions de longue durée mais aussi de prêter attention aux situations de pluralité et de confrontation de récit ; aux processus par lesquels s’agrègent des convictions, se fabriquent des adhésions, s’accordent des confiances. Les transitions intéressent particulièrement, comme des moments où les régimes de vérité dominants et les autorités qui les soutiennent sont vulnérables et/ou contestés.

Dans ce colloque, toutes formes de représentations alternatives du passé ont leur place, de sorte que l’on peut prêter attention aux discours portés par les utopies critiques, les réécritures politiques, les récits contre-historiques ou le storytelling institutionnel, sur tous types de supports, qu’ils soient oraux, physiques ou numériques : textuels, visuels, sonores, audiovisuels ou monumentaux. Le périmètre du colloque comprend les représentations alternatives du passé façonnées au sein de groupes minorisés ou craignant de l’être pour leur origine, leur genre, leur appartenance de classe, leurs convictions politiques ou encore leurs croyances, leurs mémoires et leurs savoirs mis en récit visant à perpétuer des identités et/ou fédérer des luttes en vue de leur émancipation. Cependant, il n’est pas ignoré que les représentations alternatives et les représentations dominantes ne représentent pas deux blocs homogènes aux frontières figées, mais résultent de négociations, de tensions et de polyphonies et que des représentations alternatives peuvent émerger des groupes en situation de domination, ce dont on souhaite aussi qu’il soit rendu compte.

Envisagée sur le temps long, la pluralité des récits apparaît ainsi moins comme un chaos discursif que comme un espace dialectique où se négocient temps sociaux et vérités collectives. Il s’agira ainsi non de juger les positionnements et les modes d’interprétations ou les finalités de tels récits mais d’élucider les canaux, les relais, les rapports de force et les dynamiques d’institutionnalisation et d’appartenance qui participent de la construction sociale du passé et de sa vérité. Quels sont les dispositifs utilisés pour fabriquer et promouvoir des représentations alternatives du passé ? Qui les produit, dans quelles les arènes, pour quels publics ? En usant de quels procédés et stratégies de contre-légitimation ? Quels médias, quelles esthétiques participent de la contestation de ce qui est tenu pour vrai et comment les autorités, académiques, morales ou politiques, réagissent-elles ? Comment les récits alternatifs recomposent-ils la trame du temps ? En quoi participent-ils à l’évolution des régimes de vérité ?

Les propositions de communications s’attacheront à un ou plusieurs axes du colloque, détaillés dans le documents joint, à télécharger :

Axe 1 – Histoire des représentations alternatives du passé, mise en récit et construction de la vérité

Axe 2 – Communication, médiations et circulation de représentations

Axe 3 – Histoire, narration et fiction

Télécharger l'appel à communication complet

Modalités de contribution

Les propositions de communications sont à déposer d’ici le 4 mai 2026 sur ce site web. Elles s’attacheront à un axe du colloque, en mentionnant éventuellement un ou deux axes secondaires.

Pour déposer une proposition : se connecter, aller dans la rubrique "Mes dépôts" puis sélectionner le type "résumé".

Ces propositions prendront la forme d'un argumentaire ou d'un résumé d'environ 5000 signes maximum, hors bibliographie, accompagné d’une présentation de l’auteur·ice : statut/affiliation et travaux/réalisations (10 maximum). Doctorant·es et jeunes chercheur·ses sont également encouragé·es à candidater.

Les propositions et les communications seront en français.

Comité d’organisation

Comité scientifique

  • Christine Baron, FoReLLIS, Université de Poitiers 
  • Étienne Boillet, FoReLLIS, Université de Poitiers
  • Patrick Charaudeau, professeur émérite de l’Université Paris 13
  • Yannis Delmas-Rigoutsos, Criham, Techné, Université de Poitiers
  • Harmony Dewez, CESCM, Université de Poitiers
  • Kelly Fazilleau, MiMMOC, Université de Poitiers
  • Isabelle Féroc Dumez, Techné, Université de Poitiers, CLEMI
  • Marie-Hélène Hermand, Elliadd, Université Marie et Louis Pasteur
  • Anne Jollet, Criham, Université de Poitiers
  • Amarande Laffon, Criham, Université de Limoges
  • Olivier Maheo, IHTP, université Paris 8, CNRS
  • Arnaud Mercier, Carism, Institut français de presse, Université Paris-Panthéon-Assas
  • Johann Michel, Cems, EHESS/Université de Poitiers
  • Angeliki Monnier, Crem, Université de Lorraine
  • Laurence Montel, Criham, Université de Poitiers
  • Jessy Neau, FoReLLIS, Université de Poitiers
  • Johann Petitjean, Criham, Université de Poitiers
  • Nathan Rera, Criham, Université de Poitiers
  • Clément Sigalas, CELLF, Sorbonne Université
  • Valeria Tettamanti, École Française de Rome
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